Samedi 22 septembre 2007
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Rude journée. C’est ce matin à 9heures que devait comparaître Cécile devant le « juge des libertés et de la détention ». En fait de
Libertés une seule personne a eu la liberté (de retourner d’où il venait). Pour la vingtaine d’autres, ils ont eu la liberté de retourner en détention.
Les prévenus : Une seule femme, Cécile. Les autres, des hommes,jeunes pour la plupart, mal
coiffés, mal rasés, des vêtements avec lesquels ils avaient du dormir pendant leur garde à vue.
Toute la misère du monde sur leurs épaules. C’était pitié de voir tous ces gens rabaissés, humiliés qui marchaient la tête basse et parlaient d’une voix à peine audible pour de peur de paraître
arrogants. Ils sont prostrés sur leur siège attendant leur tour de comparaître comme s’il s’agissait de passer à l’abattoir. Et leur crime ? me
direz vous. Leur crime, c’est d’avoir pensé que la France, ce pays des libertés, leur apporterait travail, bien-être, éducation pour leurs enfants, suffisamment à manger, bref une vie qu’ils ne
pouvaient pas espérer dans leur pays d’origine. Nous avons tendance à penser que La « Démocratie »… J’ai beaucoup voyagé et je peux vous
dire que la démocratie c’est bien, mais à quoi sert elle quand votre ventre est vide, quand votre porte-monnaie lui aussi est vide, quand vos enfants sont malnutris, quand il ne reste plus
comme espoir que le mirage de l’émigration. Alors ils prennent des risques, ils font cotiser et s’endetter toute la famille pour, sou à sou financer
leur voyage. Oh, pas sur le yacht de monsieur Bolloré. Le plus souvent dans des conditions abominables. Des voyages de tous les dangers desquels beaucoup laissent leur peau. La France comme tous
les pays développés a tout fait pour faire reluire le miroir aux alouettes. Maintenant qu’allons nous faire de tous ces malheureux ? Tout ce que
nous leur offrons, c’est garde à vue, mise en rétention, raccompagnement aux frontières et autres paillardises et termes techniques de camouflage pour ne pas avouer qu’on les replonge dans la
merde dont ils ont essayés de se sortir.
Bien sur, tous les cas ne sont pas aussi critiques.
Ayant travaillé 40 ans sur des chantiers de construction, à travers le monde j’ai été amené à côtoyer, à encadrer et aussi à apprécier ce genre
d’hommes. Et je dis que c’est un crime contre l'humanité de les humilier et les traiter de cette façon.
Ces dernières années, rentré en France je coulais une vie paisible sans avoir conscience de ce qui se passait autour de moi. Cette audience a
été un révélateur et je dis à tous ceux qui pensent que la France n’a pas vocation à hériter de toute la misère du monde : » allez voir la misère là où elle se trouve, allez dans les
pays dévastés par la guerre, par des dictatures, par la pauvreté, allez passer vos vacances au Darfour, au Bengladesh, à Calcutta et dans tant d’autres lieux déshérité de la planète, mais
pas en vivant au Hilton du coin. Vivez chez l’habitant. Et si vous n’en avez pas les moyens, pour un ticket de Métro ou de péage, allez passer une
matinée au tribunal à Lyon. Ce sera une première approche.
Mais je m’éloigne.
Notre cas est tout différent. Cécile vient d’un pays en voie de développement, certes, mais en paix et le Cameroun est un des pays d’Afrique
parmis les plus développés. Bien sur ce n’est pas Byzance, mais ce n’est pas non plus le Darfour. En ce qui nous concerne, ce sont les sentiments qui nous ont poussés l’un vers l’autre.
C’est d’autant plus humiliant d’être traité en parasite. J’ai pour ma part passé 25 ans de ma vie en Afrique centrale et je dois dire que je n’ai jamais été maltraité ni humilié comme elle
l’a été ici. J’y ai vécu en famille sans que quelqu’un ne soit molesté. Bien sur qu’il y a des imbéciles et des salopards en Afrique centrale, mais en la matière, je crois que tous les pays du
monde ont le même quota.
Elle vit en France, avec moi, à Saint Pierre d’Albigny où elle s’est bien intégrée. Où elle est connue et appréciée. Elle ne peut pas travailler
alors qu’elle a trouvé plusieurs fois du travail mais n’a pas pu être embauchée faute de papiers. Et croyez moi, c’étaient des emplois vacants depuis longtemps et dont personne ne veut. Elle s’est inserrée sans restriction dans notre famille qu’elle aime et qui lui rends
bien. Elle s’est occupée de ma dernière fille comme de la sienne. Alors quand je la vois la tête basse balbutier face à un juge de qui dépend son avenir. Quand je la vois trembler à la vue du
premier gendarme croisé sur notre chemin, j’ai honte. Honte de ce que nous faisons de ce pays qui fut celui des droits de l’homme. Honte d’avoir vécu
et bien vécu dans ces pays qui bien qu’indépendants font encore partie du système économique français et dont les ressortissants sont traités comme des parias alors que nos compatriotes vivent
plus que bien chez eux. Il y a sûrement quelque chose à faire !
Et la Police Panpan Panpan
Il y avait presque autant de d’agents de police que de prévenus, bottés, armés, beaux uniformes biens coupés et repassés, rangers reluisantes.
Des agents bien nourris, gominés, surs de leur position dominante sur les prévenus et aussi sur l’assistance. Arrogants et dominateurs. Des flics…quoi !
L’assistance publique Excusez moi ! L’assstance ou Le Public C’est comme vous voulez
Très faible. Je pense composée de rares parents, amis ou connaissance, Presque tous aussi abattus que les prévenus. Et suspendus aux sentences
du Juge. Plus quelques accompagnateurs bénévoles.
Le juge
Un homme à la cinquantaine ferme mais plutôt style "bon père de famille". Il a ouvert chaque
dossiers, posé quelques questions, écouté les avocats avec je dois le dire beaucoup de respect pour tous. Respect et application de la loi.
L’audition des prévenus
Chaque prévenu est passé à son tour et a été questionné. Ceux qui ne parlaient pas français étaient assistés d’un interprète. L’audition de tous
les prévenus n’a duré qu’un peu plus d’une heure soit environ 3 minutes en moyenne par individu.
Entracte
Evacuation de la salle pour les délibérations. Durée totale des délibérations un quart d’heure soit moins d’une minute par dossier.
Résultat des courses
Un départ volontaire. Les autres au violon ! ou en avion.
Cécile, n'ayant pas de passeport a écopée de 15 jours de rétention supplémentaire pour permettre aux "z'autorités" de lui faire établir un laissé passer et de la "reconduir à la
frontière".
Au fait j'ignorais que la France avait une frontière commune avec le Cameroun. "C'est nouveau, ça vient de sortir" comme disait coluche.
De retour vers Saint Pierre je me suis arrêté au Sark’hôtel de St Exupéry pour visiter Cécile. Mais ça c’est pour demain.